Il sera innovant, transdisciplinaire et résolument tourné vers les grands défis environnementaux et sociétaux. Ce master unique en Europe, fruit de la collaboration entre l’UM et ses quatre partenaires de l’alliance CHARM-EU, sera lancé à la rentrée 2021. Une petite révolution pédagogique présentée par Gilles Subra et Patricia Cucchi de l’Université de Montpellier.

Imaginez un master réunissant des étudiant.e.s venus du monde entier et issus de filières aussi différentes que le droit, la biologie, les sciences humaines et sociales, le sport ou encore le management. Imaginez que ce master soit co-piloté par plusieurs grandes universités européennes et que tous ces jeunes cerveaux mutualisent leurs compétences pour plancher sur des thèmes aussi concrets que la faim dans le monde ou la gestion de l’eau. Un rêve ? Non, mais « un projet très ambitieux, unique et complètement nouveau » souligne Gilles Subra, enseignant chercheur en chimie à l’Université de Montpellier et chargé de projet au sein de l’alliance CHARM-EU.

Relever les défis d’aujourd’hui et de demain

Ce master qui verra le jour à Montpellier à la rentrée 2021 n’est pas le résultat d’un coup de baguette magique mais bien celui d’un travail de longue haleine, commencé il y a plus d’un an, au sein de l’alliance CHARM-EU qui rassemble le Trinity Collège de Dublin et les universités de Barcelone, d’Utrecht, d’Eotvos Lorand à Budapest et bien sûr de Montpellier. Cinq grandes institutions européennes qui ont fait le choix de s’unir pour saisir d’une seule et même main les enjeux environnementaux et sociaux auxquels font face nos sociétés.

Trois grandes thématiques, répondant aux Objectifs de développement durable (ODD) fixés par les Nations Unies, ont ainsi émergé de cette première phase de travail collectif : la gestion de l’eau (ODD 6), la santé globale regroupant santé humaine (ODD 3) et santé environnementale (ODD 14 et 15) et enfin l’alimentation (ODD 2 et 12). « Nous ne voulons aucune concurrence avec les masters existants, précise Gilles Subra. On ne formera pas des économistes ou des hydrologues, mais de nouveaux profils transdisciplinaires destinés à des carrières européennes, des gestionnaires de projets transversaux. »

Former des profils européens

Une centaine d’étudiant.e.s au total seront recrutés par les cinq universités, soit une vingtaine sur chaque site. Ils bénéficieront d’un enseignement innovant basé sur la pédagogie active. « Elle se résume en deux mots : « challenge based ». Notre objectif est que les étudiants acquièrent des compétences utiles pour relever les défis en lien avec les grandes thématiques proposées » explique Patricia Cucchi, enseignante-chercheuse en biologie des organismes à l’Université de Montpellier et membre du groupe de travail sur l’enseignement et les stratégies d’apprentissage au sein de CHARM-EU.

Les étudiant.e.s seront donc amenés à relever des défis issus de la société civile, du monde de l’entreprise ou de la recherche, avec toujours, pour pierre angulaire la démarche et la rigueur scientifique. « Ils pourront arriver avec leur propre projet ou choisir d’en développer un, individuellement ou collectivement, mais toujours en interaction étroite avec des laboratoires, des entreprises ou des associations » ajoute Patricia Cucchi. Les modalités d’examens seront également revues. Ici pas de partiels classiques mais « une évaluation progressive centrée sur l ‘étudiant.e et adaptée à son rythme faisant appel à tout un panel de méthodes allant du simple quiz au portfolio. »

Si les mobilités seront bien sûr une norme dans cette formation, un environnement numérique de travail, commun aux cinq universités, sera également mis à disposition des étudiants et les dispositifs d’enseignements à distance seront développés. Ainsi un étudiant inscrit à Dublin pourra suivre des unités d’enseignements dispensées à Montpellier ou Barcelone. « C’est une belle opportunité, pour les enseignant.e.s et les chercheur.euse.s, de faire connaître leur laboratoire et leurs travaux à des étudiant.e.s étranger.e.s » souligne Gilles Subra. A l’issue de cette formation, qui pourra être réalisée en 12 ou 16 mois, les étudiant.e.s – recruté.e.s dans un premier temps à l’issue de leur master 1 – se verront diplômé.e.s des cinq universités partenaires.

La « Knowledge Creation Team »

Pour préparer cette rentrée 2021, l’heure est désormais à la constitution d’équipes appelées KCT pour « Knowledge Creation Team ». Ils étaient une cinquantaine d’enseignants et d’enseignants-chercheurs à Montpellier et 175 sur les cinq universités de l’alliance à participer le 15 juin dernier à un séminaire d’induction sur ce futur master CHARM-EU. « Pour construire les contenus de ces enseignements transdisciplinaires, nous devons constituer des équipes internationales multidisciplinaires de création de savoir composées de chercheur.euse.s et d’enseignant.e.s-chercheurs » explique Gilles Subra.

Ces KCT internationaux se réuniront régulièrement et devront élaborer des contenus pédagogiques en cohérence avec les trois grands thèmes retenus, mais également proposer des intervenants pertinents issus, là encore, du monde de la recherche, de l’entreprise et de la société civile. Enfin l’encadrement des étudiants pendant leur projet de fin d’étude sera central. « C’est le coup d’envoi pour produire un enseignement vraiment différent, poursuit le référent CHARM-EU. Mais nous n’en sommes qu’au début et les équipes ont vocation à évoluer. Toutes les personnes qui le souhaitent pourront nous rejoindre en cours de route. »

Des outils ont également été pensés pour accompagner et conseiller les enseignants dans le choix des pédagogies innovantes et dans l’utilisation des nouvelles technologies. Les dispositifs d’enseignements devront d’ailleurs s’inscrire eux-mêmes dans une démarche responsable et durable. Environnement, parité, multiculturalisme ou encore accessibilité « ne devront pas juste être des principes mais seront intégrés et déclinés dans l’ensemble des pratiques » souligne Patricia Cucchi.

Une « synergie qui profite à tous »

Les chercheurs sont particulièrement attendus sur ce projet, puisqu’au-delà du master, l’alliance CHARM-EU a pour objectif de créer des liens forts entre les universités mais également entre les laboratoires comme le rappelle Gilles Subra : « Les thématiques du master concordent avec les thématiques MUSE et nous espérons que cela permettra de faire émerger de nouveaux projets de recherche, d’étendre les réseaux de chacun dans cette logique pluridisciplinaire ». Les starts-up et entreprises partenaires des universités auront également un rôle important à jouer dans cette aventure, tout comme les associations ou les collectivités. « Nous voulons créer une synergie qui profite à tous » conclut Patricia Cucchi.