Depuis le 1er mars, Bruno Fabre, ancien vice-président du conseil d’administration, occupe la fonction de directeur général des services (DGS) de l’Université de Montpellier. Un profil original pour une fonction hautement stratégique que ce professeur en sciences de gestion a pris le temps de nous expliquer.

Vous venez de prendre vos fonctions en tant que DGS de l’Université de Montpellier. Pouvez-vous nous expliquer quel est le rôle d’un DGS ?

Le directeur général des services est, pour utiliser une métaphore, le chef d’orchestre de l’administration. Son périmètre d’action comprend les services centraux mais aussi les services dans les UFR, écoles et instituts ainsi que dans les unités de recherche. Son rôle est double : participer à la définition de la politique d’établissement et à son déploiement au sens administratif et technique du terme.

C’est un rôle autant politique qu’administratif alors ?

Tout à fait ! On a tendance à oublier la dimension politique mais elle est clairement inscrite dans les textes qui régissent la fonction de DGS. Il participe, aux côtés du président et des vice-présidents, à la définition de la politique d’établissement même si lui-même n’est pas élu. C’est ce qui le différencie de ce qu’on appelait auparavant les secrétaires généraux qui, eux, n’avaient pas cette dimension politique.

Vous venez de le dire, vous n’êtes pas élu, comment avez-vous été recruté ?

C’est une procédure d’appel à candidatures publié sur la PEP, la Place de l‘emploi public. Une fois la candidature retenue, le président de l’Université propose le nom du candidat à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui le nomme.

Ce poste est-il limité dans le temps ?

Je suis en détachement pour quatre ans renouvelable une fois dans la même université.

A l’UM on vous connaît comme vice-président du conseil d’administration (VP-CA). Une fonction que vous avez occupée entre 2015 et 2022. Pourquoi être passé de l’« autre côté » ?

J’assume cette responsabilité avec beaucoup d’humilité et si j’ai candidaté sur cette mission, c’est d’abord parce que je sais que je peux compter sur une administration et des services compétents. Ensuite c’est vrai qu’en qualité de VP CA j’ai travaillé la plupart des dossiers avec le DGS. Chacun dans un rôle bien défini mais complémentaire. Aujourd’hui, je connais bien les dossiers alors pourquoi ne pas passer de « l’autre côté » pour mettre en œuvre une politique à la définition de laquelle j’ai participé en tant que VP CA ? Et puis j’aime les challenges et celui-ci est une façon de me renouveler tout en prolongeant mon action.

A l’UM, on vous connaît également comme professeur en sciences de gestion notamment à l’IAE. C’est la première fois que l’Université nomme à ce poste clé un enseignant-chercheur (EC) ?

C’est vrai, c’est une première. Il est bon que dans l’histoire d’un établissement il puisse y avoir une succession de DGS avec des profils variés. Pascal Beauregard était issu de l’administration universitaire. Romain Jacquet était directeur adjoint d’un hôpital, moi je suis enseignant-chercheur.

Ce choix est peu commun dans une administration publique française, a-t-il été commenté ?

Certains peuvent avoir des craintes ou le vivre comme une remise en question des compétences disponibles au sein de l’administration. Mais ce n’est pas le cas. Je pense que la diversité des profils ne peut être qu’un plus, d’ailleurs le rapport de l’IGESR sur la fonction de DGS  va dans ce sens.

C’est-à-dire ?

Le DGS doit avoir une capacité à s’adresser à toute la communauté universitaire. Non seulement aux personnels administratifs et techniques mais aussi aux enseignants-chercheurs, aux enseignants et aux chercheurs. Or, le rapport pointe une tension sur ce dialogue et préconise un décloisonnement entre les administratifs et les enseignants-chercheurs. Nous devons mener par exemple beaucoup de réformes issues de la loi pluriannuelle de la recherche (LPR), le fait d’être enseignant-chercheur facilite les choses car je parle le même langage et je connais leur situation.

Il faut aussi parler le langage des BIATS ?

Tout à fait, et il se trouve que dans mes fonctions précédentes, à l’ex-UM2 notamment, j’ai été vice-président délégué en charge des BIATS entre 2012 et 2014. J’ai une appétence sincère pour les dossiers administratifs et techniques et ceux qui ont travaillé avec moi peuvent en témoigner mais c’est à l’épreuve des faits qu’on me jugera.

Dans vos fonctions précédentes on trouve aussi plusieurs fois le titre d’administrateur provisoire…

Oui, à trois reprises. J’ai été administrateur provisoire de l’IUT de Béziers au début des années 2000 lorsqu’il est devenu IUT de plein exercice. Puis en 2016 lors de la fusion de l’AES (administration, économique et sociale) et de l’Isem  (Institut des sciences de l’entreprise de Montpellier) dont résulte Moma. Et enfin en 2018 lorsque le président m’a nommé administrateur de la faculté de droit et de sciences politiques pendant 9 mois.

Vous arrivez dans un contexte où nos façons de travailler ont été profondément ébranlées par la crise sanitaire. Cela change la donne pour vous ?

La crise sanitaire a interrogé nos modes de travail et les relations sociales. Elle a parfois distendu les rapports sociaux. Il nous faut recréer du lien mais je suis très optimiste sur ce plan car des solidarités nouvelles ont aussi vu le jour pendant la crise sanitaire, en témoigne la mobilisation remarquable des enseignants-chercheurs, enseignants et personnels administratifs et techniques dans les services centraux et dans les composantes pour que la formation continue d’être dispensée auprès des étudiantes et des étudiants.

Le temps est venu de nous retrouver. Retrouver les moments de convivialité dans les services, se rencontrer, échanger… C’est très important.