[LUM#23] L’écologue du feu
Des incendies plus fréquents et plus intenses par endroit, c’est un des effets brûlants du réchauffement climatique. Pour étudier au mieux ces phénomènes et leurs conséquences sur les écosystèmes, l’écologue Tristan Charles-Dominique fait feu de tout bois.

17 000 hectares. C’est la superficie qui a brûlé dans le massif des Corbières en aout 2025 (France info, 7/8/2025). Un feu de forêt d’une ampleur exceptionnelle en France, mais une paille à côté des mégafeux qui ont ravagé plus de 8 millions d’hectares au Canada en 2025 (France info, 7/6/2025) ou aux incendies qui ont brûlé 18 millions d’hectares en Australie en 2020 (France info, 21/01/2020). Et pour mieux anticiper les conséquences de ces feux, il faut parfois les allumer, comme le fait Tristan Charles-Dominique, « écologue du feu » au laboratoire Amap.
Une spécialité née dans les années 1980 qui ne manque pas de combustible, car la fréquence de ces évènements extrêmes flambe depuis quelques années à la faveur du réchauffement climatique. « Pour qu’un méga feu se déclenche il faut que toutes les conditions de vent, d’humidité et de température soient réunies, ce qui arrive de plus en plus souvent. En Afrique du Sud par exemple, un méga feu se déclenchait en moyenne tous les 40 ans, mais désormais c’est tous les 5 à 10 ans », explique Tristan Charles-Dominique qui précise que l’Afrique du Sud et l’Australie sont particulièrement à la pointe en écologie du feu.
Situation alarmante
Si la France est moins exposée, elle n’est pas à l’abri de voir ses forêts partir en fumée, « le réchauffement climatique favorise l’embroussaillement, qui est un véritable combustible, c’est une poudrière qui s’empire d’année en année et la situation ici aussi devient alarmante », souligne le spécialiste.
Et face aux flammes, toutes les plantes ne sont pas égales : si certaines brûlent comme du petit bois, d’autres possèdent d’étonnantes stratégies d’évitement pour survivre dans la fournaise ou renaître de leurs cendres. « Certaines plantes développent leurs parties durables à l’abri sous terre, d’autres possèdent une écorce épaisse qui résiste aux flammes, du moins dans une certaine mesure », explique Tristan Charles-Dominique. D’autres encore misent sur l’après tel le pin d’Alep (France bleu, 6/9/2024) dont les cônes s’ouvrent sous l’effet de la chaleur, libérant les graines qui germeront les premières après le passage du feu.
Des paysages redessinés
« A l’inverse, d’autres plantes n’ont aucune résistance face au feu, comme les arbres forestiers par exemple, ceux qui gardent leurs feuilles ou branches mortes ou encore ceux qui ont des résines inflammables ». Conséquence de ces inégalités, les paysages après le passage des incendies peuvent être totalement modifiés, au profit des espèces résilientes et au détriment des plus vulnérables.
Pour mieux étudier la façon dont les flammes vont redessiner les forêts après leurs passages, les chercheurs sont parfois ceux qui allument la mèche. « Nous effectuons des feux contrôlés, toujours accompagnés des pompiers, sur des parcelles expérimentales de plusieurs hectares, ce qui nous permet d’étudier la capacité de la végétation à conduire le feu et donne des informations nécessaires pour améliorer la gestion du risque d’incendies. ». Des expérimentations qui permettent aussi aux écologues du feu de mieux en prédire les conséquences sur la mosaïque de végétation inflammable et non inflammable. Une discipline qui n’est pas près de s’éteindre.
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