Avec 26 voix pour, 4 contre et 5 abstentions, le conseil d’administration de l’Université de Montpellier a adopté les statuts de l’établissement public expérimental qui prendra le relais de l’actuelle UM dès janvier 2022. Pérennisation de l’I-Site MUSE, intégration de l’ENSCM, conventionnement avec l’Institut d’Agro, collegiums, pôles de recherche ou encore comité des investissements stratégiques et structurants, Philippe Augé, président de l’UM, revient sur les enjeux et changements attendus.

Le 14 juin, l’Université de Montpellier a voté en conseil d’administration l’adoption des statuts de l’établissement public à caractère expérimental (EPE). Dans quel cadre national s’inscrit cette évolution statutaire ?
Cette évolution statutaire est rendue possible par l’ordonnance du 12 décembre 2018 relative à l’expérimentation de nouvelles formes de rapprochement, de regroupement ou de fusion des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Depuis 2 ans avec l’ensemble de nos partenaires du projet d’I-Site MUSE, nous avons travaillé à un projet permettant de créer une Université intégrée comme l’ordonnance le permet. Une feuille de route, prévoyant une évolution vers le statut d’EPE, avait été adoptée par le CA du 11 juillet 2019 et le vote récent vient donc entériner cette évolution.

Dans quelques mois un jury international sera reçu à Montpellier pour évaluer l’I-Site MUSE. En quoi l’évolution de nos statuts peut-elle être un atout pour sa pérennisation ?
L’obtention du label I-Site a été un des éléments fondateurs de cette évolution. Il a permis de concrétiser, durant cinq années, de nombreux projets dans divers domaines (recherche, formation, innovation, vie étudiante, international) pour l’ensemble de notre communauté, au travers d’une enveloppe de 84 millions d’euros. Nous souhaitons obtenir sa pérennisation en répondant, avec ce projet d’établissement public expérimental (EPE), aux attentes du jury international chargé de l’évaluer en fin d’année. Parmi celles-ci figure l’ambition de passer d’un projet conçu autour de l’UM et de 15 partenaires, à une université intégrant dans sa stratégie et sa gouvernance ces 15 partenaires.

Pourquoi l’expression « à caractère expérimental », vient-elle qualifier le nouvel établissement ?
C’est un statut prévu par l’ordonnance de décembre 2018 qui propose des modalités d’organisation permettant d’associer écoles, organismes et établissements de soin au sein d’une université, avant que leur volonté d’unir leur force ne soit confirmée définitivement, au plus tard en 2028.

L’Université de Montpellier garde-t-elle le même nom ?
Oui, tout à fait. C’est sous cette bannière que le projet est constitué. Aujourd’hui l’Université de Montpellier est connue. L’identité de l’Université existe et il faut capitaliser sur cette « marque » répertoriée comme telle dans tous les classements internationaux.

Rentrons un peu dans le détail. Ce changement de statut permet notamment l’intégration de l’École nationale supérieure de chimie de Montpellier en tant qu’établissement composante. Concrètement qu’est que cela signifie ?
Le 10 juin, le CA de l’ENSCM a voté son intégration au sein du futur EPE. Concrètement, cette intégration lui offre de nouvelles opportunités, tant sur le plan de la formation que sur le plan scientifique. Elle conservera sa personnalité juridique et ses instances délibératives et de concertation. Le directeur de l’établissement-composante sera invité permanent aux différents conseils et comités de l’Université. De même, le président de l’UM participera au CA de l’École et donnera son avis sur la nomination du directeur, le dialogue de gestion ou encore le contrat d’objectifs et d’engagements. Cette intégration témoigne en particulier de la confiance réciproque qui s’est installée durablement ces dernières années. Ce sera donc une composante nouvelle de l’Université mais avec un statut particulier puisque, comme je l’ai dit, elle conservera sa personnalité morale. Il faut ajouter que tout en gardant ses moyens d’action (personnels, budgets, …), elle construit sa stratégie dans le sillage de l’UM et manifeste des engagements forts d’intégration, par exemple la signature des diplômes.

Une convention a également été signée avec l’Institut national d’enseignement supérieur pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Institut Agro). Quelle en est la teneur ?
Une première convention avec Montpellier SupAgro avait déjà été signée en 2019 reprenant les éléments souhaités par le jury de l’I-Site, notamment au niveau de la signature des publications et de la signature des diplômes des étudiants inscrits à Montpellier SupAgro. Rappelons que Montpellier SupAgro n’est plus un établissement public comme cela était le cas au dépôt du projet I-Site montpelliérain. Elle est devenue une école interne de l’Institut Agro, et ne peut de fait plus intégrer l’UM en tant qu’établissement-composante.

Concernant la gouvernance de l’Université, cette évolution statutaire change-t-elle le mode d’élection et le rôle du chef d’établissement ?
Les conditions d’élection du chef d’établissement de l’Université sont inchangées. Ses compétences sont élargies pour correspondre à la nouvelle structuration notamment dans le cadre des relations avec l’établissement-composante.

Trois nouvelles vice-présidences statutaires sont créées. Lesquelles et quel sera leur rôle ?
En effet, trois nouvelles vice-présidences statuaires sont instituées : international ; partenariats et innovation ; responsabilité sociale et vie de campus. L’objectif ici, est de renforcer la visibilité sur ces domaines qui sont de véritables axes stratégiques que l’on retrouve dans la plupart des universités d’envergure internationale.

La composition du conseil d’administration change-t-elle ?
Afin de mieux intégrer nos partenaires, le conseil d’administration verra en effet sa composition modifiée.

Les membres de notre communauté seront largement majoritaires (24 membres au lieu de 28), les membres de droit et les personnalités extérieures seront au nombre de 12, au lieu de 8, parmi lesquels quatre représentants d’entreprise mais aussi la Région et la Ville de Montpellier et des partenaires tels que le Cirad, l’Inserm, l’IRD, l’Inrae en plus du CNRS et du CHU de Montpellier qui siégeaient auparavant.

Un nouveau comité consultatif international est créé, à quoi sert-il ?
Ce comité consultatif international sera constitué pour analyser la démarche de transformation et d’évolution de l’UM et formuler des avis dans le domaine international. Il sera composé de cadres scientifiques représentant les principaux partenaires internationaux de l’UM et de représentants du monde socio-économique déjà présents dans la fondation MUSE. Ce type de comité existe déjà dans de nombreuses universités étrangères.

Concernant la recherche, les neuf départements scientifiques sont remplacés par 5 pôles de recherche, c’est bien cela ?
Oui, chaque structure de recherche sera désormais rattachée à un pôle à titre principal et, éventuellement, à un autre pôle à titre secondaire. Ces cinq pôles auront différentes missions : augmenter notre visibilité à l’international ; coordonner les réponses aux appels à projets ; renforcer le lien entre formation et recherche… Chaque pôle s’organisera autour d’un conseil de pôle et d’un comité d’orientation stratégique.

Un comité des investissements stratégiques et structurants (Comiss) est créé. À quelles fins ?
Ce Comiss est composé des représentants des différents partenaires aujourd’hui regroupés au sein de la fondation universitaire. Sa mission consistera à définir et coordonner les objectifs communs liés au déploiement des dispositifs issus des programmes d’investissement d’avenir (PIA). Il sera également un lieu pour arrêter des choix collectifs avec nos partenaires en matière d’investissements scientifiques et immobiliers ou encore de politique de recrutement sur le site.

Concernant la formation, huit collegiums sont créés ainsi qu’une école graduée. Quels seront leurs rôles ?
Les collegiums ne remettent en aucun cas en cause les prérogatives des UFR, Écoles et Instituts car ces composantes sont connues et font notre renommée. Ils regroupent les directrices et directeurs des UFR, Écoles et Instituts, de l’établissement-composante et de Montpellier SupAgro. Ils auront pour missions de faciliter les synergies entre les structures, de renforcer la visibilité et la lisibilité de l’offre de formation globale de l’UM et de ses partenaires. Ils devront également initier le déploiement d’actions de formation au sein de l’établissement, une discipline peut être abordée sous différents angles au sein de chacune des entités : prenons par exemple l’environnement, cela revêt des aspects biologiques, économiques, techniques, réglementaires et un échange entre tous les acteurs intervenant dans ce champ peut-être fructueux.
L’école graduée, quant à elle, va aider à structurer l’articulation entre le niveau master et le niveau doctorat, notamment dans la perspective là-aussi de renforcer nos atouts en travaillant sur l’interdisciplinarité notamment pour les parcours recherche.

Les UFR, Écoles et Instituts vont-ils être impactés par ces changements ?
Les nouvelles structures ont été réfléchies pour créer, sans générer de mille-feuilles décisionnels, des espaces d’échanges avec l’ensemble de nos partenaires, en amenant une valeur ajoutée trans-composantes et en contribuant ainsi à la cohésion de l’établissement.
Ces changements, comme je l’évoquais précédemment, n’entament en rien les prérogatives des UFR, Écoles et Instituts qui restent les fondations de l’Université.

Quels changements sont à attendre pour les personnels de l’UM et les étudiants ? Les frais d’inscription seront-ils augmentés ?
Conformément à nos principes et valeurs, que sont notamment le service public, l’inclusion et l’équité, cette évolution des statuts ne bouleversera pas la vie des personnels. De même, les étudiants en matière de choix d’étude, d’inscription dans une composante, de frais d’inscription ou d’obtention des diplômes nationaux, ne seront pas impactés, mais ils se verront bien sûr offrir les opportunités nouvelles conçues dans le cadre des programmes du PIA.

On comprend que les enjeux pour l’Université sont importants. Ce changement statutaire était donc indispensable pour l’avenir de l’UM ?
L’enjeu, derrière ce qui pourrait apparaître à certaines et à certains comme une mécanique institutionnelle, est en effet de taille et n’est pas limité à l’obtention de la pérennisation de l’I-Site MUSE. Il s’agit d’inscrire durablement l’UM et ses partenaires dans une stratégie partagée, au niveau du site, et derrière une bannière commune, pour notamment obtenir des moyens permettant de soutenir nos ambitions : faire que l’UM soit parmi les meilleures universités nationales, qu’elle conforte son attractivité et sa notoriété avérée dans les classements internationaux. L’EPE est aussi un moyen de nous regrouper pour amplifier notre utilité sociétale, du niveau local jusqu’aux sphères internationales. Cette ambition, nous y croyons et nous la souhaitons pour que l’inépuisable intelligence et la formidable créativité de l’ensemble de nos communautés, personnels, étudiantes et étudiants, puissent pleinement se déployer.